
SAINT-ARNVALD ABBEY IN NOIRLAC (BERRY, FRANCE) HEADQUARTERS OF THE CISTERCIAN ORDER OF THE HOLY UNIVERSAL ARISTOTELIAN ROMAN CHURCH |
| | | Retrouvailles contrariantes. | |
| | Auteur | Message |
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Fildaïs retraitant

Nombre de messages: 10 Date d'inscription: 12/07/2009
 | Sujet: Retrouvailles contrariantes. Mer 16 Sep - 15:58 | |
| La cérémonie s’était achevée, teintée de l’émotion trouble de ce départ à peine compréhensible d’un être aimé et respecté. La jeune blonde fut une des premières à quitter le banc, lançant un regard à son voisin pour ne pas qu’il oublie de la retrouver après. La silhouette encapée disparut dans un bruissement de tissu virevoltant, passant le porche de la maison de Dieu et allant d’un bon pas sans trop savoir où ses jambes pouvaient bien la mener. De temps à autre, elle se retournait furtivement pour voir si la haute stature du Diacre suivait, il était là mais loin derrière comme si la jeune fille avait été atteinte d’une maladie fort contagieuse, la tête baissée le plus souvent mais Fil avait l’impression surtout qu’il la baissait à chaque fois qu’elle jetait une œillade dans sa direction.
Son pas hâtif l’avait menée jusqu’aux champs, propriétés de l’abbatial très certainement, Fildaïs ralentit et décida que l’endroit était prompt à la discussion, encore un dernier coup d’œil pour voir si le blond ne s’était pas égaré ou aurait pu s’en aller sans demander son reste. Non, Thibalt l’escortait le plus éloigné possible, il marchait lentement comme si la perspective de se retrouver à nouveau « en tête à tête » avec la blonde le révulsait. La jeune fille se trouva un arbre au tronc noueux, et y plaqua sa carcasse dessus, croisant ses bras sur sa poitrine, suivant de son regard la progression escargofique du néo-castelroussin. Elle laissa échapper un long soupire, pourquoi était-elle donc si exaspérée de cette rencontre, de son comportement distant et presque hautain de sa part.
Un pied devant l’autre, l’aragonais s’approchait si mollement de la demoiselle, que les yeux de cette dernière finir par vagabonder, d’abord ils trouvèrent amusant de s’accrocher à un couple de bestiole à plumes qui se chamaillaient une graine, puis au ciel et ensuite à la frondaison de l’arbre sous lequel Fil s’était installée, mais ses deux perles azurines et vacillantes retournèrent souvent sur la silhouette de l’homme qui la rejoignait peu à peu. Finalement il arriva à sa hauteur, il avait sa mine contrariée des mauvais jours, un silence embarrassant prit la place aux habituelles salutations polies. Agacée de cette situation, elle lâcha sèchement quelques mots d’une voix cassante.Le bon jour Thibalt ! Je ne pensais pas vous revoir si vite.Les traits du visage poupin s’étaient durcis sous la contrariété, la demoiselle planta son regard devenu d’un gris ombreux dans les prunelles du sire Dominguez et attendit qu’il réagisse. |
|  | | Thibalt retraitant

Nombre de messages: 94 Date d'inscription: 31/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Mer 16 Sep - 18:12 | |
| Un mélange de plaisir et de contrariété. Telle était la situation dans laquelle le Diacre se trouvait. Le fait de revoir Fildaïs aurait pu lui décrocher un sourire, mais ça en était tout autre. Il s’y forçait. Pourquoi l’enlacer ? Pourquoi lui dire qu’il était heureux de la revoir alors que ça n’aurait aucune pertinence ? La distance qu’il avait avec elle depuis qu’il l’avait vu dans l’abbatiale, ça n’était que la conclusion d’un raisonnement qui avait pour but de la protéger, mais de se protéger lui aussi. Pour l’Aragonais, il n’y avait aucune utilité à ainsi se sauter dans les bras en se chuchotant des gentillesses. Être froid était la meilleure solution. Pour elle, pour lui, pour tous ceux qui pourraient être impliqués là-dedans.
La tête baissée lorsqu’il voyait qu’elle le regardait, le blond avançait en direction de la demoiselle qui l’attendait, adossée à un tronc d’arbre. Ils étaient seuls, à l’abri des regards indiscrets et des oreilles mesquines. Arrivant face à elle, il la laissa engager la conversation lui adressant parfois quelques regards un peu sévère, comme pour lui dire « Tu m’as dit de venir, tu commences ». Elle commença. Deux phrases, c’était toujours ça.
Le regard de Thibalt se fixa sur Fildaïs. Il croisa les bras, se sentant mal à l’aise face à ces deux yeux azurés et ce malgré le fait qu’il la domine de pratiquement deux têtes. D’un regard, elle abattait ses murailles et il le savait bien. Il détourna un instant le regard et d’une voix sans colère ni joie, il dit : « Je dois bien reconnaître que je ne pensais pas non plus vous revoir ici… J’vous croyais en Bretagne, ou dans un de ces coins-là. » Il se tut quelques instants et la scruta furtivement. Son air n’avait pas changé. Que pouvait-il bien dire ? Je suis heureux de te revoir ? J’aimerai que nous discutions ? C’était stupide… Tout était dit, depuis fort longtemps déjà. Tout du moins, c’était ce qu’il voulait se dire. Elle était là, il était ici. Nul besoin de polémiquer… Au fond de lui, si.
Sans rien dire de plus, et comme le soleil frappait fort, il se rapprocha un peu plus d’elle pour se mettre à l’ombre de l’arbre. Il s’assit, comme s’il était seul et qu’il voulait méditer et commença à jouer avec un brin d’herbe sans rien dire de plus. _________________  |
|  | | Fildaïs retraitant

Nombre de messages: 10 Date d'inscription: 12/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Jeu 17 Sep - 12:56 | |
| Pourquoi en étaient-ils arrivés à ce point, où les rires s’étaient transformés en silence, l’affection en gêne. Fil avait accroché son regard au sien, sorte de pont suspendu où marcher relevait maintenant du funambulisme. Le Diacre s’était approché d’elle mais la demoiselle était restée impassible, ses iris emplies de ce gris froid et implacable, pendant que son cœur menait une lutte acharnée et tambourinante dans sa poitrine, témoignant de son agitation intérieure.
Quand elle l’avait vu, Fil avait eu envie de se jeter à son cou comme avant, de lui sourire et de lui raconter ses misères comme elle le faisait jadis, un jadis pas si lointain et cependant qui lui paraissait d’un autre temps que même sa mémoire avait du mal à s’en souvenir. Il aurait pu aisément, à ce moment là, s’approcher encore plus d’elle, et cueillir ses lèvres, elle n’aurait rien dit mais l’aragonais s’était assis et avait commençé à maltraiter les brindilles d’herbes à portée de main.
La petite blonde se laissa glisser le long du tronc pour s’assoir au pied de l’arbre, les genoux ramenés contre sa poitrine, elle n’aimait pas regarder les gens de haut, probablement parce qu’elle n’en avait pas l’habitude à cause de sa stature au ras des pâquerettes.Je suis revenue au plus vite quand j’ai appris qu’on lui rendait un dernier hommage, c’était une grande Dame que je n’ai pas assez connu, je dois dire.Fit une petite pause, le regardant à la dérobée comme une petite voleuse affamée lorgnerait une pomme, puis baissa les yeux, scruta le bout de ses bottes qui subitement suscitaient un vif intérêt pour la demoiselle. Elle s’abandonna même à un soupire. Le voir ainsi, torturé; car oui elle avait appris à lire en lui en si peu de temps ; de sentir son âme devenir de bistre anéantissait toutes les barrières qu’elle s’était dépêchés de mettre autour de ses sentiments. Je voulais vous voir parce que… parce que…A l’aveuglette, elle cherchait ses mots perdus dans son trouble, et inconsciemment elle se pencha dans sa direction, avançant ses doigts fins vers celui qui la rendait confuse, les posant délicatement sur son bras, et les glissant jusqu’à trouver la chaleur de sa main. Incertaine de ce qu’elle allait pouvoir dire pour ne pas perturber ce moment.… on s’entendait si bien avant…Le regard azurin posé sur ce contact corporel improbable, se troubla de manière imperceptible. Fildaïs savait qu’il était plus raisonnable de retirer sa main de là mais elle en avait pas l’envie, pas maintenant, pas tout de suite. |
|  | | Thibalt retraitant

Nombre de messages: 94 Date d'inscription: 31/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Jeu 17 Sep - 23:19 | |
| Mysouris… Quand Fildaïs parla un peu d’elle sans citer son prénom, Thibalt repensa au sauvetage en vain dont il avait été l’un des acteurs. Izidore, surtout, avait été utile. Mais lui avait été l’un des premiers sur les lieux, et il avait assisté au triste départ de la pauvre femme. Elle partait vers un autre monde, et de tout ce qu’il avait entendu d’elle pendant la cérémonie, c’était une femme vertueuse qui méritait le paradis. Tout du moins, il souhaitait qu’elle l’atteigne. Un instant, il ferma les yeux en continuant de martyriser l’herbe sous ses doigts comme pour faire une légère prière. Il les rouvrit et adressa un regard à Fildaïs, assise face à lui mais il ne dit rien. Tout était dit à ce sujet, et il n’était pas de ceux qui ressassaient sans cesse les souvenirs des défunts pour se blesser un peu plus du manque que leur absence provoque.
S’ils étaient sous cet arbre, ça n’était pas pour parler de la défunte mais bien pour parler d’eux. De tout cela, de la guerre froide qui se déroulait entre eux et que finalement personne ne souhaitait. Des distances qu’ils avaient pris l’un vis-à-vis de l’autre. Du manque. De la déception que le Diacre ressentait quand à son réveil aucune missive de sa part ne l’attendait. Il ne l’avouerait pas, non, mais c’était la simple vérité. Sans elle, les choses n’étaient plus pareilles. Dans son regard, Thibalt cherchait à savoir si elle ressentait ou non la même chose. Mais il n’y trouvait rien. Il ne savait pas comprendre les femmes, il avait longtemps cru qu’il en était capable mais ça n’était pas le cas. Il n’y avait aucun livre qui parlait de ce que ressentait les femmes. Ces secrets-là sont bien gardées… et tant pis pour lui.
Lorsqu’elle commença à parler, Thibalt ne dit rien. Il se contentait de la regarder, comme pour l’inviter à continuer à parler. Il était tellement happé par son regard qu’il se rendit à peine compte qu’elle avait posé sa main sur son bras. Un geste naturel, à l’époque. C’est seulement lorsqu’elle fit glisser sa main dans la sienne que son cœur s’emballa légèrement. Des souvenirs, de bons souvenirs lui vinrent à l’esprit et il se refusait à s’en défaire. Il serra légèrement sa main dans la sienne quand elle reprit une autre phrase.
Il esquissa un sourire, comme s’il s’attendait à tout sauf à ça. Gardant sa main dans la sienne et ce malgré le danger qu’un geste aussi banal pouvait représenter pour eux. Répétant cette petite phrase en boucle dans son esprit, le silence s’installa quelques secondes avant qu’il reprenne d’une voix bien plus agréable qu’à l’habitude :« Je m’en souviens… Je sais… »
Au fond de ses paroles, on pouvait entendre comme une pointe de regret. Les choses n’étaient pas si vieilles, et elle datait d’hier dans sa mémoire. Chaque geste, il l’avait prudemment imprimé dans son esprit comme s’il savait que la séparation viendrait un jour. Elle était venue, et ses souvenirs étaient restés là, comme les cadeaux qu’on gardait d’un être disparu pour se souvenir de lui et sourire un peu en étouffant ses larmes. « … et ça me manque… » Ce qu’il venait de dire, il l’avait simplement murmuré en regardant à sa droite, un peu peureux. C’était une mauvaise idée, une très mauvaise idée. Mais il ne voulait pas qu’ils se quittent une nouvelle fois sur des non-dit… Il ne voulait pas qu’ils se quittent à nouveau sur des mensonges. Quitte à se prendre la gifle qu’il méritait parfaitement, il espérait trouver le courage de dire tout ce qu’il avait à dire à cette demoiselle. Si belle, si jeune, si fiancée. _________________  |
|  | | Fildaïs retraitant

Nombre de messages: 10 Date d'inscription: 12/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Ven 18 Sep - 16:13 | |
| Le trouble persistait et s’intensifiait au fur et à mesure que le temps s’écoulait, l’aragonais n’avait pas retiré sa main, il avait même serré ses petits doigts fins à l’intérieur de sa large paume. Les derniers mots que Thibalt prononça si bas qu’ils ressemblaient à si méprendre à un long soupire. Ses paroles mirent du temps à migrer jusqu’à l’esprit de la jeune fille, qui trop heureuse de cette simple main dans la sienne, qui trop contente de se faire bercer par sa voix radoucit et exempt de cette colère sourde qui semblait parfois l’habiter, s’était laissée attraper par les réminiscences antérieures. Et quand enfin, un à un, les mots se mirent à avoir un sens, désordonnant l’ordre bien établi de ses sentiments, brouillant son raisonnement, Fil leva ses yeux de louve, le couvrant de son regard furtif.TU me manques…Sa petite boîte à dire des bêtises avait lâché ça comme si il s’agissait d’une rectification, puis ses lèvres se pincèrent, la petite fille qu’elle cachait dans son cœur avait trop parlé une fois de plus, elle lui avait fait dire les choses que la jeune blonde pensait et éprouvait mais qu’elle taisait au fin fond de son âme. La demoiselle scella sa bouche et se contenta de l’observer. |
|  | | Thibalt retraitant

Nombre de messages: 94 Date d'inscription: 31/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Ven 18 Sep - 17:10 | |
| « TU me manques… » La petite voix de la demoiselle résonna dans l’esprit de Thibalt qui lui adressa un regard plein de surprise. Il ne s’y attendait pas, pas du tout même. Oui, ils auraient pu continuer à être « amis », ils auraient pu continuer à discuter et à s’envoyer des missives comme si le temps passé ensemble n’avait été qu’une illusion désormais révolue. Mais c’était trop difficile, ne serait-ce que pour le Diacre à qui il arrivait encore de penser à tout cela. Il ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose puis, après une petite seconde passée ainsi, la referma et se contenta de caresser du bout des doigts la main posée dans la sienne. Que dire, que faire tout en espérant pouvoir rester raisonnable ?
Continuant à la regarder sans trop rien dire, il laissa s’échapper un sourire sincère. Il ne répondait pas car il n’avait pas envie de répondre, mais simplement car il ne savait pas quoi dire, car il ne voulait pas être maladroit et la décevoir en utilisant des mots qui ne seraient pas appropriés. Quand il s’agissait de faire des prêches, il savait quoi dire et quoi faire. Mais les femmes, c’était une autre affaire…
Le silence commença doucement à s’installer et Thibalt ne disait toujours rien, son sourire sincère commençait d’ailleurs à lui donner un air abruti tant il ne savait pas l’expliquer. Il fallait bien qu’il prenne la parole, sinon les choses tomberaient bien vite à l’eau. Aucun mot ne venait, il cherchait bien à dire quelque chose, il ouvrait la bouche puis la refermait en détournant le regard, comme honteux de ne pas trouver quoi dire. Sans prévenir et sans être brusque pour autant, il prit à côté d’elle, dos au tronc d’arbre en gardant sa main dans la sienne. Volontairement, il s’était rapproché de Fildaïs. Epaule contre épaule et guettait le vide. « Si… Enfin… Tu m’manques, Fildaïs… C‘est plus pareil sans toi… »
Il lui adressa un léger regard, un peu gêné et plein de tendresse à la fois. Il aurait pu lui demander simplement de l’enlacer pour qu’il se souvienne de cette belle époque où ils étaient proches, mais c’était surement trop tôt… Et trop dangereux, aussi. Pourtant, et même s'il n'osait en prendre l'initiative, il aurait aimé qu'elle le fasse, ne serait-ce que parce qu'ils sortaient d'un enterrement et que Thibalt n'avait su sauver la défunte..._________________  |
|  | | Fildaïs retraitant

Nombre de messages: 10 Date d'inscription: 12/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Mar 22 Sep - 14:08 | |
| Prostrée dans une sorte de léthargie contemplative des vers de terre et brindilles en tout genre, Fil ne s’était pas rendue compte que la haute silhouette avait migré jusqu’à elle. Ce fut la pression de son épaule contre la sienne, encore endolorie d’une récente chute de cheval, qui l’a sorti de son marasme bouillonnant où inexplicablement elle s’était enfoncée. Elle était si fatiguée de son voyage, de sa vie, de ses combats qu’elle menait contre elle-même et les autres qu’elle menait sur les champs de bataille aussi. Fil lui avait donné rendez-vous ici, pour lui parler, pour lui dire ce qui lui pesait dans son âme, de son absence à lui dans son existence à elle qui lui causait un vide profond mais pour l’instant aucun mot assez digne de ce nom apparaissait entre ses lèvres, juste un amas d’idées confuses siégeaient dans son esprit, l’empêchant d’ouvrir sa bouche. Et un sac à nœud dans les tripes pour seule nourriture du jour.
Son regard perlé glissa sur l’herbe, courant sur les brindilles, puis sur les bottes de l’homme assis, hagard, à côté d’elle, puis les yeux gravirent chaque parcelle de son corps pour enfin arrivé à croiser deux prunelles inquiètes. Pourquoi inquiètes ? Fil ne le savait pas trop, ou bien il attendait quelques choses qu’elle ne comprenait pas…
Pourtant ses sentiments étaient là, confus comme toujours, imbroglio d’émotions en tout genre que la demoiselle, amoindrie par l’affection stérile de sa matrice, n’avait jamais su interpréter avec justesse. C’était dans son cœur, ça vivait mais elle ne pouvait nommer cette chose décemment amour, n’ayant qu’une idée vague de cette chose que tant de ménestrels se plaisaient à conter dans leurs complaintes, que tant de demoiselles vivaient le cœur tambourinant, la larme à l’œil.
Les mots toujours absents de sa bouche, enfermée dans un silence dérisoire et lourd, la petite blonde ne se plia qu’à son instinct fauve, avança une main timide vers sa joue, la caressa tendrement dans une geste qui reprit son habitude. Son visage chemina dans la même direction que la menotte de la demoiselle, suivant de près le mouvement, doucement ses paupières se fermèrent et elle ne s’arrêta que quand ses lèvres trouvèrent l’obstacle de la bouche aragonaise.
Elle savait que son promis pouvait venir à n’importe quel moment, cherchant sa compagne qui tardait à revenir d’un enterrement, elle savait qu’un Grand Barbu dans le ciel l’observait de son œil torve et que le jour où elle devrait lui rendre des comptes, Il ne manquerait pas de lui rappeler cet épisode entre les autres, elle savait aussi que tout cela ne mènerait nulle part… elle savait tout cela et plus encore, toutes ses raisons raisonnables en sommes mais cela ne suffit pas arrêter la petite demoiselle. L’ancienne Blanche avait fini de lutter contre sa logique implacable et froide, laissant ses sentiments prendre le dessus sur la sagesse. |
|  | | Thibalt retraitant

Nombre de messages: 94 Date d'inscription: 31/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Mer 23 Sep - 13:56 | |
| Des minutes de silence. Une caresse et un baiser. Lorsque les lèvres de Fildaïs touchèrent les siennes, Thibalt sentit son cœur battre un peu plus vite. Se pliant à son envie, il n’éloigna pas ses lèvres de celles de la demoiselle tandis que ses pensées se bousculaient. C’était mal, il en avait bien conscience et pourtant il savait aussi qu’il avait des sentiments pour cette femme. Il se souvint de leur triste séparation, de la distance qu’ils avaient mis entre eux, comme pour se préserver de tous les dangers de cette relation. Et maintenant, ils étaient là à s’embrasser dans une Abbaye avec tous les risques que cela comportait.
Le baiser durant quelques longues secondes durant lesquelles le Diacre fit le tour de la question. Pourtant, il n’avait aucune réponse. Il aurait aimé pouvoir lui dire que c’était une bonne ou une mauvaise idée, il aurait aimé pouvoir lui dire qu’il la voulait à ses côtés et ce même s’il savait que c’était impossible. Il aurait aimé trouver la solution, mais cette situation était un véritable casse-tête. L’air un peu grave mais néanmoins souriant, il recula un peu son visage du sien pour la regarder avec tendresse. Sa main s’approcha doucement de sa joue pour la lui caresser tandis qu’il continuait à lui sourire gentiment. Au fond de lui, son cœur se serrait. Il aurait pu prendre un air plus grave mais il n’en fit rien. Il aurait pu se lever et s’en aller pour qu’elle comprenne que ça n’était pas possible, mais il n’en fit rien. C’était inenvisageable…
Comme tout à l’heure, il ouvrit la bouche pour lui dire quelque chose puis la referma aussitôt. Les mots n’avaient pas leur place là-dedans. Aucun d’eux ne pouvait trouver sa place dans cette situation. Aucun ne pouvait traduire tout ce qu’il ressentait. Pour lui faire comprendre qu’il était simplement heureux d’être avec elle, et ce malgré les risques, il lui déposa un doux baiser sur le front tout en plaçant son bras derrière elle pour la rapprocher de lui.
La gardant ainsi contre lui, l’Aragonais se mit à regarder dans le vide. Son cœur continuait à battre à la chamade et il n’y pouvait rien. Fildaïs avait toujours eu le don pour le faire perdre le contrôle de lui-même. Ce n’était sûrement pas volontaire de sa part, mais c’était le cas. Bref… Le temps passa et Thibalt continuait à regarder dans le vide. Son regard glissa finalement vers les deux perles azurés qui éclairaient le visage de la blonde et, presque instinctivement, il alla chercher ses lèvres une seconde fois. Il voulait le baiser tendre, traduction de tous les sentiments qu’il avait pour elle.
Entre deux baisers, on put entendre un murmure s’échappant et disant « Ca m’avait manqué… » puis « Ton absence, c’est horrible… ». Thibalt avait bien conscience de ce qu’il disait, et ce même s’il aurait préféré continuer à taire tout cela. Tant pis pour lui… _________________  |
|  | | Fildaïs retraitant

Nombre de messages: 10 Date d'inscription: 12/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Jeu 24 Sep - 12:05 | |
| Le temps passait, s’écoulait impassible aux insignifiantes histoires humaines qui se tramaient dans le monde, toujours égal à lui-même, cadencé aux rythmes invariables de la vie. Pourtant cette fréquence temporelle immuable semblait s’échapper, filer entre les doigts des deux anciens – ou pas-amants, rapprochant inextricablement le moment du départ. La blondinette voulait profiter de chaque instant sans se laisser envahir par de sombres réflexions et s’était laissée bercer dans cette tendresse propre à Thibalt.
Cet homme avait ce pouvoir là sur elle, d’extirper du fin fond de son être toute la douceur que la demoiselle dissimulait ; avec lui, Fil ne pouvait rester enfermée dans sa personnalité d’airain qu’elle s’était forgée afin de se protéger, sous le regard de l’aragonais la louve carnassière se muait en petite féline docile. C’était au fond ce qu’elle redoutait le plus de cet amour, cette mise à nue perpétuelle, sa fragilité ainsi exposé en ferait une proie aisée plutôt qu’une prédatrice.
Dans le creux de l’oreille, murmuré comme une confidence secrète, elle lui avoua qu’elle aussi subissait son absence comme un abandon dans le désert et que oui tout ça-et plus encore-lui avait causé un manque cruel. Ce qu’elle omettait de lui dire, c’était l’envie qu’elle avait eu un jour de lui demandé d’être son écuyer, car elle savait que sa fierté en aurait été blessée. Qu’il y aurait vu un moyen pour elle de l’asservir, alors que pour la demoiselle c’était une manière de se rapprocher de lui, d’être en sa compagnie constamment et de veiller à son bien-être de façon imperceptible. La petite blonde s’était raisonnée et s’était emmurée dans l’idée que l’agnosie de sa présence était la meilleure des choses pour elle, pour lui, pour les deux. Et pourtant…Je n’arrive pas… chercha une nouvelle fois la force nécessaire pour mettre des mots dans sa bouche, égarés dans la brume de son trouble. Je ne peux pas… c’était si dur de l’admettre pour elle, elle tâcha de respirer profondément, cherchant l’inspiration dans les iris bleues du Diacre. Je n’arrive pas à t’oublier, à te maintenir dans un coin de ma mémoire et te mettre au passé.Mais qu’est ce que tu ferais d’une gamine comme moi ! Je ferai une bien piètre compagne pour toi.Les deux azurines quittèrent son regard, vagabondèrent un instant ailleurs comme pour chercher la réponse à un problème insolvable. Finalement baissa la tête et la cala contre son épaule, en laissant échapper un soupire. |
|  | | Thibalt retraitant

Nombre de messages: 94 Date d'inscription: 31/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Jeu 24 Sep - 23:55 | |
| Lorsqu’elle lui susurra qu’elle vivait son absence comme un abandon, Thibalt ne sut pas vraiment quoi dire. Il se contenta de la regarder tendrement, comme si leur séparation n’avait jamais existé. Ces minutes qu’il passait avec elle étaient hors du temps. Il ne pensait plus à rien. Ni à son échec quant au sauvetage de la défunte, ni à sa paroisse ni même aux conséquences que tout cela pourrait engendrer. Serrée contre elle, le Diacre redécouvrait une tendresse qu’il avait enterré tant bien que mal. Cette même tendresse qui lui manquait lorsque la nuit il se mettait à chercher presque inconsciemment le corps de celle qu’il aurait aimé voir se réveiller à ses côtés. Je n’arrive pas à t’oublier, à te maintenir dans un coin de ma mémoire et te mettre au passé.
Entendant cela, Thibalt sourit légèrement. Non pas car il était heureux de lui imposer une quelconque souffrance, mais simplement car il ressentait la même chose. Toutes ses tentatives d’oubli étaient jusqu’à présent vaines. Il s’était fait une raison, il ne saurait surement jamais la chasser de son esprit. C’était ça, l’amour ? Question stupide pour un homme de 39 ans… A un âge pareil, on sait ce qu’est l’amour. Pourtant, c’était inqualifiable… Dans ses pensées, l’Aragonais ne répondit rien tandis qu’il jouait avec une de ses mèches de cheveux dorées.
Mais qu’est ce que tu ferais d’une gamine comme moi ! Je ferai une bien piètre compagne pour toi. Elle soupira en posant sa tête contre son épaule et Thibalt la serra doucement contre lui. Il voulait trouver les bons mots et, finalement, un air amusé dans la voix, il lui répondit :
« C’est peut-être à moi d’en décider, non? » Posant ses deux mains contre ses joues, il lui recula un peu la tête pour pouvoir la regarder. Même s’il savait ô combien il prenait des risques en disant pareilles choses, il voulait qu’elle sache ce qu’il avait sur le cœur. De toutes manières… s’ils se revoyaient, ce serait surement par inadvertance… En ayant une pensée sur les séparations à venir, le cœur du blond se serra un peu avant qu’il ne chasse cela de son esprit.
« Et tu sais… J’pense pas faire un bon compagnon non plus… D’ailleurs, y’a quand même des jours ou, quand je repense à toi, je me demande si je te mérite… » En terminant sa phrase, Thibalt se corrigea aussitôt.« Si je t’ai mérité… » _________________  |
|  | | Fildaïs retraitant

Nombre de messages: 10 Date d'inscription: 12/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Lun 28 Sep - 2:04 | |
| Pendant qu’elle l’écoutait, inconsciemment Fil arrachait des petits morceaux de peau à ses lèvres, nerveusement, et ne s’arrêta que lorsqu’elle sentit un goût de ferraille dans sa bouche. Changement de tactique alors pour la demoiselle qui se suçota à présent l’infime plaie et détourna ses yeux du rivage bleu de l’aragonais qui exerçait sur elle une sorte d’attraction imprudente. Dans sa tête, dans ses sentiments tout se mettaient à se recouvrir de cette brume odieuse qu’était le doute, Thibalt troublait ses sens, tout était pourtant si clair avant de venir en ce lieu et de tomber par un hasard inopportun sur le Diacre. Elle n’arrivait pas à résister aux regards de l’espagnol, ni à se raisonner à ses côtés et la demoiselle savait pertinemment que cette histoire là était vouée à l’échec.Tu ferais un bien meilleur compagnon que tu ne le penses…L’ivoire se remit à mordiller ses lèvres, et les deux perles azurées de Fil trouvèrent une excuse avec deux volatiles qui se chamaillaient pour se poser ailleurs que sur lui et éviter un regard gênant après ses dires. Oui la jeune fille le pensait vraiment, Thibalt aurait fait un très bon compagnon, pour elle aussi même si elle ne se l’avouait qu'à demi-mot.Moi je ne suis qu’une gamine, insouciante et qui parfois sans faire exprès séduit les hommes.
Si je serai ta compagne, que dirais-tu de me voir battre la campagne, de partir à la chasse aux brigands, de guerroyer sans cesse, de devoir me laisser partir sans jamais savoir quand je vais revenir et si ma compagne la grande faucheuse décide de me retenir un jour, plus jamais je ne mettrai un pied dans ton foyer.Fit une courte pause et posa son regard hyalin sur le sien pour constater l’impacte de ses paroles sur lui.Et si je venais à porter ton enfant me laisserais-tu partir en mission par monts et par vaux ? Je ne crois pas non ? Et je serai une bien piètre mère de substitution pour ton fils Esteban, y as-tu pensé ?Il fallait qu’elle taise son flot de mots, Fil ne voulait pas torturer le Diacre, juste lui montrer qu’elle était un mauvais choix car elle était une mauvaise graine. Peut-être que la jeune fille arriverait à se convaincre elle-même de la chose, avec un peu de chance. |
|  | | Thibalt retraitant

Nombre de messages: 94 Date d'inscription: 31/07/2009
 | Sujet: Re: Retrouvailles contrariantes. Mar 29 Sep - 0:20 | |
| Même si elle pouvait dire le contraire, l’Aragonais ne pouvait s’empêcher de continuer à penser à ses erreurs passées. Celles qu’il avait fait avec elle, à l’époque où ils étaient plus proches qu’aujourd’hui, mais aussi celles qu’il avait eu le malheur de faire quand il vivait encore à Valence avec sa femme et sa fille. Le travail arasant l’avait parfois fait passer ses occupations financières devant sa famille, et même s’il n’avait jamais eu à se plaindre d’un quelconque manque d’amour de la part des deux femmes qui avaient autrefois comblé sa vie, il ne pouvait maintenant que repenser à ses erreurs en regrettant. Comme pour ne pas avoir à céder à l’envie terrible qu’il ressentait de se plaindre de ces erreurs-ci, le Diacre préféra continuer à regarder dans le vide tandis qu’elle continuait à tenter de lui prouver par A + B qu’elle n’était pas pour lui.
Moi je ne suis qu’une gamine, insouciante et qui parfois sans faire exprès séduit les hommes.
Si je serai ta compagne, que dirais-tu de me voir battre la campagne, de partir à la chasse aux brigands, de guerroyer sans cesse, de devoir me laisser partir sans jamais savoir quand je vais revenir et si ma compagne la grande faucheuse décide de me retenir un jour, plus jamais je ne mettrai un pied dans ton foyer.Lorsqu’elle lui dit cela, Thibalt sentit le regard doux de la demoiselle se poser sur lui. Lui, il continuait à regarder dans le vide, comme pour chercher des solutions le plus rapidement possible. Les solutions les plus cohérentes et les plus acceptables pour elle tout comme pour lui. A ses yeux, elle était beaucoup. Et il n’avait pas attendu qu’elle puisse lui dire ce genre de choses pour qu’il s’en rende compte. Il tenait à elle, et s’il osait dire le contraire, il ne faisait que mentir. Il ne ferait que nier une vérité évidente et qui, pourtant, lui arrachait le cœur tant elle était difficile à assumer. Et pourtant, et même s’il connaissait toutes ces difficultés, l’Aragonais ne pouvait s’empêcher de continuer à espérer que quelque chose était possible.
Tandis qu’il continuait à chercher des solutions, Fildaïs aborda le sujet d’Esteban, ce qui éveilla un peu la curiosité du père adoptif de ce dernier. Le petit avait une cousine, il avait un père, mais il n’avait pas encore de mère à proprement parler. D’ailleurs, le Diacre avait chassé de son esprit l’idée même qu’un jour son fils puisse avoir une mère. La présence féminine de la maison était sa cousine, Elzaïde, et même si ça n’était pas comparable c’était toujours mieux que rien.
« Tout d’abord… Pour ce qui est d’Esteban… Je ne demande pas à ce que tu deviennes sa mère… Ca serait folie de demander à une jeune femme de ton âge de devenir une mère adoptive alors qu’elle pourrait très bien avoir des enfants. On ne parle que de toi et de moi, là… Mon fils, ma nièce, c’est un autre sujet… » Dans sa lancée, Thibalt préféra continuer d’une voix presque rêveuse alors qu’il savait bien l’échec probable de tous les projets qu’il montait. « Pour ce qui est des combats… Si tu souhaites défendre ton Duché, je ne te le reprocherai pas. Si tu souhaites défendre une couronne non plus. Tant que tu n’es pas haineuse envers ton adversaire ou je ne sais quoi… Que ton garde un comportement bienséant et que tu respectes certaines règles… Il faut des soldats pour qu’il y ait des paysans… Bien entendu, je préférerai que tu sois plus souvent à la ville qu’au champ de bataille, mais certains préféreraient que je sois plus souvent à la maison qu’à l’Eglise. Nous avons chacun nos occupations… Moi, ça ne me gênerait pas… J’aurai peur pour toi, mais… » Mais rien. Il n’avait pas d’argument. Si, il en avait bien quelques uns, mais il n’était pas noble et n’avait pratiquement aucune possibilité de porter assistance à Fildaïs si elle était dans une posture difficile. Il ne pouvait rien dire de réellement faisable. Du moins, pas dans l’immédiat. Pourtant, après un léger soupir, il reprit « Mais si je t’accompagnais… Ca irait peut être mieux, je ne sais pas… »_________________  |
|  | | | | Retrouvailles contrariantes. | |
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